Accueil arrow La microfinance en Haiti
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La libéralisation des taux d’intérêt en 1995 a été un élément fondamental dans le développement de cette industrie qui est caractérisée par la diversité des acteurs que ce soit en termes de méthodologies de crédit, de statut juridique ou de zone d’intervention. On compte plus de 350 caisses populaires et 25 IMF de type non-coopératif ayant un volume d’activités significatif. Le secteur coopératif demeure dominant en termes d’offre de crédit. Le nombre de clients actuels du secteur de la microfinance coopérative et non-coopérative ne dépasse pas 180 000. En ce qui a trait au secteur non-coopératif, la présence des prestataires de services financiers sur le terrain est très concentrée à Port-au-Prince (la capitale) et dans ses environs. L’offre est prépondérante en milieu urbain au détriment des zones rurales. Le financement du monde rural demeure une préoccupation pour les acteurs du secteur à savoir les IMF et les clients.


Les 25 institutions du secteur non-coopératif de la microfinance représentent un portefeuille de crédit de plus 2 milliards de gourdes (soit environ 54.8 millions de dollars américains). Les femmes sont de plus en plus présentes et constituent environ 70% de la clientèle des IMF contre 55% en 2000 ce qui se justifie par la domination du commerce, activité essentiellement féminine.


Cependant, en dépit de l’essor que connaît le secteur de la microfinance non-coopérative depuis tantôt dix ans, la capacité de crédit existante demeure insuffisante par rapport à une demande qui est en constante progression. Une étude réalisée par le PNUD sur les besoins du secteur de la microfinance non coopérative en Haïti en 2004 fait ressortir l’augmentation de la demande en mettant l’accent sur une évolution de cette demande vers d’autres types de services financiers. La demande potentielle de produits financiers est estimée à environ 3 millions de personnes. Cette estimation est faite sur la base de la population active (4.1 millions) avec un taux de pauvreté de 76% et du nombre de clients actuels du secteur de la microfinance coopérative et non-coopérative (180 000 environ). Dans le rapport du PNUD[1], il est fait mention de la faible diversification de l’offre proposée par ce secteur qui n’est pas très innovant. L’offre de services financiers est orientée à plus de 90% vers le petit commerce (marchands ambulants, dépôts de produits alimentaires ou de boissons, etc.) délaissant ainsi les besoins d’une fraction importante de la population, en particulier ceux des secteurs productifs. Cette prédominance du crédit au secteur commercial constitue l’une des faiblesses du secteur financier dans son ensemble car cette caractéristique est également constatée dans le secteur bancaire dont l’activité de crédit est la principale source de revenus bruts.


En juillet 2002, une loi a été votée comblant ainsi le vide sur le statut des coopératives d’épargne et de crédit. En matière de supervision, l’autorité de tutelle, la Banque de la République d’Haïti assume depuis quelques mois la supervision des opérations de microfinance coopérative. Le vide juridique persiste pour le secteur non-coopératif en particulier pour les ONG, les associations et les fondations. Ce secteur n’est soumis à l’heure actuelle à aucune forme de supervision. Les faiblesses du cadre légal et réglementaire tendent à devenir de plus en plus une contrainte au développement de cette industrie. En effet, aucune option en termes de transfomation juridique n'est offerte aux IMF qui veulent changer d'échelle et participer à une plus large gamme d'activités financières. Les IMF ne sont pas autorisées, à titre d'exemple, à collecter l'épargne du grand public en raison du flou juridique existant et de l'absence de supervision. D'où l’importance de cette commission montée par le KNFP et l’ANIMH pour faire des propositions en termes de législation pour les activités de microfinance et également en termes de structure de régulation et de supervision.


L’ANIMH veut adresser ces problèmes en articulant ses interventions autour du développement d’une offre pérenne de produits financiers diversifiés. Ce soutien à l’industrie de la microfinance en Haïti que l’Association apporte, répond ainsi aux besoins de croissance de l’économie haïtienne et de promotion d’initiatives privées en augmentant les opportunités économiques pour les ménages pauvres par l’octroi de prêts pour développer des activités génératrices de revenus.

 

 


[1] PNUD, Des besoins du secteur de la microfinance non-coopérative en Haïti, Juillet 2004